Petite matinée dans une ONG, en sari


Lundi soir nous dînons avec Barti et Enrique, un couple bresilo-espagnol avec lequel nous avions sympathisé à l’hôtel. Nous étions au “Toit” qui soit dit en passant, est un restaurant assez sympa. Un ami de Barti s’est joint à nous ; il a pris un congé sabbatique en mode routard en Asie, et a fait un détour par Pune pour rendre visite à ses amis. Il me demande comment j’appréhende la vie en Inde.

Il se trouve que j’avais eu une mauvaise journée entre la migraine, la clim toujours hors service, et les techniciens qui ne viennent jamais sur le créneau convenu / qui ne sont pas polis / et qui n’arrivent pas à installer Internet, donc ma réponse était mitigée, entre ennui et temps d’adaptation. C’est là que Barti me propose de venir avec elle mercredi matin voir l’ONG pour laquelle elle travaille, et elle me prêtera un sari pour l’occasion. Pourquoi y aller en sari ? Car c’est joli et car la majorité des Indiennes là-bas sont en sari, c’est l’occasion!

Ce matin donc, je vais chez elle, et elle m’habille dans un beau sari coloré. Ce n’est pas simple à ajuster, cela lui a pris au moins 15 minutes pour le fixer correctement, et je serai bien incapable de le remettre seule.

Estefania, la fashion designer espagnole dont j’ai déjà parlé sur ce blog, nous rejoint et nous partons en voiture pour l’ONG. En chemin, nous nous arrêtons pour prendre un tchai massala dans une échoppe indienne. Le thé c’est de l’eau bouillie, donc je les accompagne courageusement dans leur rituel.

Nous arrivons ensuite dans un quartier populaire, vivant, pour entrer dans un vieux bâtiment, évidemment sans clim et sans ventilation, où toute les femmes que nous croisons nous accueillent chaleureusement, en complimentant nos saris. Il y a 3 crèches dans l’établissement avec des enfants de 3 à 5 ans à vue de nez. Les enfants se précipitent pour nous serrer la main, et jouer avec nous. Mon sari me serrait un peu le ventre, et Barti demande aux Indiennes présentes de me le remettre pour ne pas qu’il me gêne. Elles étaient 3 à tour de rôle à s’atteler à la tâche, et pas forcément d’accord sur la façon de faire.

Imaginez la scène : je suis debout, les bras en l’air, dans une petite pièce du rez-de-chaussé où il fait déjà assez chaud, sans air, avec une quinzaine d’enfants qui jouent autour de nous, avec 3 femmes qui se chamaillent autour de moi (ou pas, parfois c’est l’impression qu’on a mais c’est juste leur façon de parler), à me toucher pour mettre le sari correctement, les enfants qui viennent se prendre les pieds dans le sari, qui me touchent le ventre, qui veulent taper dans ma main, pendant au moins 20 minutes! J’avais un peu le tournis mais j’ai tenu bon, et la plus jeune a réussi, avec patience et brio, à fixer le sari.

Après cette épisode Cristina Cordula version populaire indienne, Barti me fait visiter l’ONG, avec le coin cuisine – cantine, et la troisième crèche. Nous montons ensuite dans les étages, les bureaux sont vides car tous les occupants sont en cours d’anglais dans une annexe de l’ONG. Le rôle de Barti est d’être le premier contact auprès de volontaires postulants, et de les diriger vers la structure qui correspond le mieux à leurs compétences et leur envie. Elle doit être vigilante car parfois, certains étrangers cherchent juste une lettre d’engagement de l’ONG pour obtenir ensuite un visa mais ne se présentent jamais pour leur mission.

Au dernier étage, nous retrouvons Estefania qui forme des Indiennes à la couture. Elles doivent répondre à la commande d’une église qui leur a demandé 10 sacs solides pour transporter du linge. Estefania fait preuve de patience et souhaite les professionnaliser afin qu’elles puissent acquérir un emploi rémunéré à sa juste valeur dans ce domaine. Mais pour cela, il faut fabriquer des produits de qualité. La notion de qualité, de travail bien fait est culturellement différente et moins importante qu’en Europe ; les “apprenties” ont du mal à réaliser que si leurs créations sont qualitatives, solides, harmonieuses, cela leur apportera plus de business et donc plus de revenus. Cela peut vous paraître surprenant, mais ce n’est pas simple de porter ce message. Heureusement, Estefania est accompagnée d’une volontaire traductrice Anglais / Marathi pour l’aider à communiquer. L’objectif est sain : les rendre autonomes plutôt que de les assister, leur transmettre un savoir-faire plutôt que de leur donner des roupies par charité. Encore un message difficile à faire passer, mais il me semble que c’est le bon.

De mon côté, en discutant avec Barti, elle a peut-être trouvé une mission qui me conviendrait, mais je vous en parlerai si cela se concrétise…


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